Au cœur de la précarité, l'écoute et la rencontre - Témoignage d’un aumônier, bénévole au Secours Catholique d'Annemasse
Depuis septembre dernier, chaque vendredi après-midi je pousse la porte du local du Secours Catholique, au 65 rue de la Gare à Annemasse. Je m'y suis proposé pour faire de l'écoute, ce qui est, au fond, le cœur de ma mission en tant qu'aumônier laïc en santé mentale. Et je puis dire, au fil des semaines, que cette présence m'apporte autant qu'elle apporte aux accueillis : on y rencontre des hommes et des femmes qui font face à la précarité et à la solitude avec résilience et une dignité qui force le respect.
Pourquoi viennent-ils ? Les motivations sont aussi diverses que les visages. Chacun porte ses raisons, souvent simples, toujours vraies. L'un vient pour ne pas "tourner en rond dehors", une autre pour apprendre le français, un troisième pour rompre la solitude et "voir des gens". Certains avouent chercher à chasser les idées noires qui les guettent dans leur coin. D'autres viennent simplement pour la chaleur — celle du local, mais aussi celle de la parole libre — ou même, comme l'un d'eux le dit avec une franchise touchante : "Moi, je préfère ne rien dire, mais juste être là." Il y en a encore qui voient dans ces après-midi un moyen de "créer des liens" ou de "recharger les batteries" pour mieux se montrer attentifs au monde extérieur une fois la porte franchie. Toutes ces paroles, recueillies au fil du temps, disent une même vérité : le besoin fondamental d'être présent parmi d'autres.
On peut se retrouver jusqu'à quinze personnes autour d'une boisson chaude et d'un biscuit, à parler, à rire, à jouer au Chromino. Mais ce que j'apprécie le plus, c'est le moment où, dans la cuisine du fond, quelqu'un accepte de s'asseoir avec moi pour déposer ce qu'il porte. Dans une totale confidentialité, en tête-à-tête, les fardeaux s'allègent. Je n'ai pas toujours de solution à offrir — et ce n'est pas ce que l'on demande. Mais l'expérience confirme, semaine après semaine, ce que l'Évangile dit depuis deux mille ans :
"Venez à moi, vous tous qui portez de lourds fardeaux, et je vous procurerai le repos" (Mt 11, 28-30). Être écouté, c'est déjà alléger le poids.
La vie ici a aussi ses petites joies concrètes. On échange des "bonnes adresses" avec une générosité spontanée : "Va samedi à 17h au foodtruck du parc Eugène Maître, ils distribuent de très bonnes crêpes gratuitement !" ou encore "Passe donc au P’tit Vélo, Groupe d’Entraide Mutuelle (GEM), l'accueil y est chaleureux." Notre ami Georges est le champion incontesté de ce réseau de solidarité informelle, et ses petits tuyaux font du bien à tout le monde.
On ne parle pas souvent de Dieu, ici. On parle de la VIE — et c'est peut-être la même chose. IL est là, présent dans chaque échange, même là où son Nom n'est pas prononcé. Le soir, quand je rentre à vélo, je porte toutes ces personnes dans ma prière. Merci Seigneur pour cette belle mission qui me fait rencontrer de si belles personnes, elles m’apportent beaucoup.
Charles-Edouard Cordonnier,
Aumônier (LeME) de la Pastorale de la Santé