Délégationde Haute-Savoie

Voyage de L’Espérance Gizia 2017

Les voyages de l’Espérance du Secours Catholique proposent une démarche commune de fraternité et de recherche de sens associant des personnes vivant en situation de pauvreté, les bénévoles et les animateurs de l’association. Du 17 au 21 juillet, les équipes de Haute-Savoie organisaient un voyage dans le Jura. Témoignages.

Les voyageurs de l'Espérance à Gizia.

publié en septembre 2017

Sur les terres du tout petit village de Gizia est installé de longue date un couvent dont les trois bâtiments rénovés ont été transformés en maison de retraite et d’accueil.

Ce site clunisien offre une vue imprenable sur la plaine de Bresse. L’endroit est idéal pour l’accueil de groupes en quête de calme et de ressourcement.

C’est dans ce cadre privilégié que la délégation de Haute-Savoie a choisi d’organiser son voyage de l’Espérance.

« Lourdes reste la destination de choix pour beaucoup de délégations », explique Marie-Lys Barbier, animatrice du Secours Catholique de Haute-Savoie et cheville ouvrière du projet. « Mais Gizia est beaucoup plus proche d’Annecy. Au cœur de la nature et isolé, le site est propice à la réalisation de notre objectif de rencontres et de partages au sein du groupe », poursuit-elle.

Ce mardi midi, le groupe composé d’une cinquantaine de personnes, hommes, femmes, enfants, de 18 mois à plus de 75 ans, prend son premier déjeuner dans le grand réfectoire sis au cœur du complexe.

La troupe se restaure dans un calme surprenant. Ce n’est pas que les gens se taisent ou qu’ils mangent en silence. Non, ils parlent, ils échangent et ils rient, mais paisiblement, sans agitation. En paix ?

T-shirt jaune et cheveux grisonnants, Pascal est accueilli depuis plusieurs années par les services du Secours Catholique.

C’est un fidèle participant : « Moi, ici, je viens chercher le bonheur. Le bonheur de la bonne bouffe, celui du partage, de la chaleur, de la complicité. Et celui des chansons aussi. Il y a deux ans, à la soirée karaoké, j’avais chanté “Inch’Allah” d’Adamo, et “Massachussets” des Bee Gees. J’avais eu un succès fou », fanfaronne-t-il devant l’œil amusé de Bernard, prêtre parisien, aumônier de la délégation de Haute-Savoie.

Participant au milieu des participants, il assurera en fin de séjour une célébration eucharistique, temps spirituel facultatif proposé et ouvert à tous, par-delà les croyances et les religions.

« C’est Odette qui m’a accueillie »

Odette est assise à proximité. Retraitée et bénévole du Secours Catholique depuis dix-neuf ans à Annecy, c’est son quatorzième voyage de l’Espérance.

Elle témoigne : « Nous sommes allés jusqu’à Lourdes bien sûr, et à Taizé également. D’année en année, les lieux changent, et les expériences aussi grâce aux nouvelles personnes qui s’agrègent au groupe. Il y a toujours de nouvelles rencontres à faire, c’est ce qui fait le sel de ces expéditions », confie-t-elle.

À sa gauche, Jacqueline acquiesce et ajoute : « Moi, c’est mon dixième voyage de l’Espérance. Je viens avec enfants et petits-enfants. À chaque fois, les échanges et le partage sont tellement forts qu’ensemble, à la fin, on forme une vraie famille… Pas vrai môman ? », lance-t-elle goguenarde à Odette…

Les deux femmes éclatent de rire et Jacqueline d’expliquer : « Quand je suis arrivée en France, c’est Odette qui m’a accueillie. C’est vrai, elle est un peu ma mère française », témoigne-t-elle, tandis que les joues de la retraitée s’empourprent légèrement, trahissant son émotion.

Sereinement, tranquillement, c’est ainsi que la grande famille déjeune.

Au départ d’Annecy lundi matin, le groupe s’est d’abord rendu en car au Parc des Oiseaux.

Au cœur de l’Ain, l’attraction propose un tour du monde ornithologique et botanique, les oiseaux évoluant dans leur environnement naturel. Une grande promenade, entre autruches et manchots, sous un soleil de plomb.

« Les seules vacances des enfants »

Fatou a recouvert la tête de ses cinq enfants d’une casquette blanche siglée du Secours Catholique. « Je ne connais personne dans le groupe. J’ai simplement vu une affiche dans le bureau du Secours Catholique à Annecy et je me suis inscrite. Mon mari n’a pas de congé cet été. Ce petit séjour sera le seul moment de vacances des enfants », explique-t-elle.

Et aussi sans doute un temps de répit précieux pour la jeune maman, dont les plus grands enfants s’ouvrent au monde. Yacine, 11 ans, joue déjà avec les petits-enfants de Jacqueline. Nabile et Imame, quant à eux, ne lâchent plus la main d’Évelyne, qu’ils ont rencontrée le matin même.

Évelyne est heureuse de cette proximité avec ces deux enfants qu’elle ne connaissait pas quelques heures auparavant. « Je vis là exactement ce pourquoi je suis venue. Passer des moments agréables, découvrir de nouveaux lieux et faire des rencontres. Ces deux petits bonhommes sont mes premiers copains ! », s’amuse-t-elle.

Bénévole du service d’entraide de sa paroisse réformée à Annecy, Évelyne participe aux Repas Partage organisés avec le Secours Catholique. Chaque vendredi, les deux mouvements accueillent ensemble les personnes en grande difficulté économique de la ville. C’est là qu’elle a entendu parler du voyage et qu’elle a eu envie de s’inscrire.

La bienveillance, thème du voyage

Le premier soir à Gizia, après avoir posé les bagages et prit son dîner, le groupe s’est réuni pour une soirée d’accueil et de présentation. L’occasion pour Marie-Lys, Lucie, Virginie, Jérémy, les animateurs du Secours Catholique, de remercier celles et ceux qui ont participé en amont à la préparation du voyage.

L’occasion aussi de présenter le programme et de transmettre les règles de vie collective. Mais pas de façon docte et imposée. Chaque consigne est écrite sur un petit papier disposé dans un chapeau qui tourne dans la salle, afin qu’elles soient lues par les participants.

C’est alors que débarque, théâtrale, l’aviateur… Antoine de Saint Exupéry, sous les traits de Loona, grande fille de 15 ans, blouson rouge et lunettes de soleil sur le nez, s’adresse au groupe rassemblé et raconte le début de sa fameuse histoire, « Vraiment ? Il ne vous fait pas peur mon dessin ? », avant d’être rejoint par le Petit Prince lui-même, interprété par Odette, tunique verte et perruque blonde sur la tête. « S’il te plaît, dessine-moi un mouton… »

« Pour évoquer la bienveillance, qui est le thème du voyage, nous avons choisi de dérouler le fil du Petit Prince », explique Lucie, animatrice.

« Chaque jour, une nouvelle saynète présentée au groupe permettra d’engager la discussion. Demain, nous jouerons le chapitre de la rose, mercredi celui du renard et jeudi celui du veilleur de nuit. À chaque fois, il s’agira de faire écho aux joies, aux peines et aux émotions que chacun d’entre nous rencontre dans sa vie », poursuit Lucie.

« Depuis que nous sommes partis, je me sens comme dans un bain de douceur. Je n’en ai tellement pas l’habitude que cette nuit, je n’ai pas réussi à dormir », témoigne Michel.

Pour libérer encore la parole de tous, sont organisés chaque matin des groupes de partage. « Pendant que les enfants sont pris en charge par quatre participants volontaires, les adultes se réunissent par six ou huit », explique Marie-Lys. « En lien avec la saynète du jour, les personnes sont invitées à s’exprimer et à écouter les sentiments, les émotions et les histoires de chacun », poursuit-elle.

« S’ouvrir aux autres, autour de nous et plus largement au monde »

L’émotion circule autour de la table, l’attention est grande, la confiance est là. Solitude, chômage, problèmes d’argent, de santé, estime de soi… L’exercice permet de mettre des mots sur des situations parfois douloureuses.

Pour autant, il n’est pas question de thérapie de groupe. « Nous ne sommes pas psychothérapeutes. Même si souvent il s’exprime des choses très personnelles, difficiles ou émouvantes, les animateurs veillent à ne pas laisser la personne partir trop loin dans son histoire », explique Marie-Lys.

Les temps de partage des jours suivants porteront sur la bienveillance envers les autres, puis sur la bienveillance envers le monde.

« On part de soi-même pour s’ouvrir aux autres, autour de nous et puis plus largement au monde. C’est cette recherche de sens qu’offre le voyage de l’Espérance à tous ses participants », conclut Marie-Lys. Un voyage en soi, vers et avec les autres.

Propos recueillis par Sébastien Poulet-Goffard

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